Ma première rencontre avec la sculpture
se produit à l'âge de vingt ans en 1987, alors que je suis
étudiante à l'université.
Je ne sais toujours pas pourquoi une affiche pour des cours de sculpture
retient mon attention. Il y a des choses enfouies en nous, qui nécessitent
un déclencheur pour émerger.
Je travaille quelques mois chez une femme sculpteur dans les Yvelines.
Avec elle je découvre la pierre.
Depuis la rencontre avec cette matière, celle-ci est devenue
partie intégrante de ma vie.
Commence alors la recherche d'un maître pour me guider, pour mieux
appréhender techniques et matériaux. Les cours se succèdent.
Durant quelques mois, j'apprends la technique de base du moulage au
plâtre dans un cours au Chesnay (78). J'y découvre également
l'argile.
En 1991, je suis pendant une dizaine de mois, un cours de modelage à
Paris dans le 18ème, et un cours de dessin dans le 2ème.
Après avoir aménagé un balcon et ensuite une cave
en atelier, je monte un atelier situé à Neuilly-Plaisance
(93) avec une amie, dans une usine désaffectée. Nous décidons
en 1992 de fonder une association loi 1901 : La Vita Nova. Nous organisons
des stages : cette amie anime les cours de dessin, et moi ceux de modelage.
Le lieu nous est retiré pour cause de démolition.
Georges Charaire, peintre, graveur, poète, philosophe, m'initie
à la gravure. Artiste profondément attaché aux
problèmes des droits de l'homme, son enseignement ne s'est pas
limité à la technique et a enrichi ma façon de
voir ce qui relève du vivant.
Lors d'une exposition de groupe au Centre Culturel Coréen de
Paris, j'expose quelques unes de mes gravures : poèmes illustrés
sous forme d'estampes.
Au fur et à mesure, cette activité prend de plus en plus place dans ma vie, et ce qui était un loisir suscite en moi quelque chose de beaucoup plus vital. Surviennent alors les doutes et faire comprendre cela à mon entourage ne s'avère pas chose facile. Je me cache derrière mes peurs, ne réalise que très
peu d'oeuvres durant cette période.
Je poursuis et termine donc mes études de langues et de littérature
; j'entre dans le monde du travail ; je suis formatrice de langue en
entreprise, puis change de branche et me dirige vers la bureautique.
Depuis ma première rencontre avec la pierre dix ans se sont déjà écoulés. Je ne peux plus attendre. Je démissionne de mon emploi et me
lance dans la sculpture.
J'ai trente ans.
Maintenant c'est dans mon appartement que je travaille la terre, le
plâtre et la pierre ; ma relation avec cette matière se
complique. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne
pouvoir la dominer, manque de savoir-faire, manque d'humilité.
Manquant de technique également pour la terre, je travaille sans
filet, sans toujours savoir où je vais. Le hasard d'un volume
ne constitue pas une ligne directrice satisfaisante. Le hasard en art
peut être source d'inspiration mais pas d'aboutissement.
Survient alors une rencontre.
Je deviens élève du sculpteur Petrus et je découvre
le "nu". Pour la première fois, je travaille d'après
modèle vivant, j'essaye d'affiner mon regard, d'apprendre la
lecture d'un volume. Après la séance avec le modèle,
la terre est détruite. Je la malaxe à nouveau et elle
me sert pour la séance suivante. Exercice après exercice,
je comprends ce qu'est un plan, un volume, une ligne : j'entrevois l'harmonie.
L'aventure du corps humain est infinie. C'est pour moi, désormais,
le point de départ de ma réflexion artistique.
Mais dans son atelier, le sculpteur Petrus n'a de matériau que la
pierre.
Une certaine angoisse me reprend : je suis repoussée et attirée
par cette matière. Je n'ose pas. Mais le temps passe.
C'est face au "nu" que je m'attaque donc à ma première
pierre et c'est bien en faisant ce travail que je me sens vivre.
Je reprends néanmoins un travail à temps partiel pour assurer mon quotidien
et mon appartement.
Mais je quitte son enseignement car je sens que cela m'empêche de me trouver dans la pierre ; cependant je continue à l'observer travailler car gentiment il me fait une petite place dans un coin de son atelier, n'ayant pas encore fait le pas de me trouver un lieu à moi.
J'arrête donc toute sorte de cours. Au bout d'un moment, il n'y a plus
que le travail qui puisse faire avancer ; le travail, le travail, le
travail. "L'art" ne s'apprend pas.
Une fois la technique acquise, il s'agit d'oser exprimer ce qu'il y
a au plus profond de soi, d'oser affronter certaines violences enfouies,
d'oser se rendre compte que parfois l'on ne fait que survivre. A moi
d'arriver à vivre à travers la sculpture.
Janvier 2000, la nécessité de trouver mon atelier devient
une évidence. Je m'installe en août 2000, rue St Maur,
dans le 11ème arrondissement.
|